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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / RIEN À SE METTRE SOUS LA DENT

Mardi, lors de sa grand-messe, le gouvernement n’a annoncé aucune mesure immédiate, laissant les syndicats sur leur faim.

Quand un gouvernement veut évacuer un problème, il organise des conférences, il crée des commissions, il installe des groupes de travail… Histoire de faire un grand tour de la question pour mieux renvoyer à plus tard (ou à jamais) les décisions à prendre. Une vieille ficelle dont le gouvernement Fillon semble vouloir user et abuser. Après une conférence consacrée le 4 octobre aux conditions de travail et en attendant une autre dédiée à l’égalité professionnelle le 12 novembre, il a organisé mardi dernier à Bercy une conférence sur le pouvoir d’achat où il a décidé de ne rien décider. Si ce n’est d’engager un « cycle de travail » devant notamment déboucher au printemps sur un projet de loi sur le SMIC et les allègements de cotisations patronales.

Sur le SMIC, il s’agirait de créer une commission « consultative » et « indépendante qui dirait publiquement quel est le niveau de salaire minimum le mieux adapté aux circonstances économiques du moment », le gouvernement conservant la décision finale. Sa revalorisation interviendrait en outre au 1er janvier et non plus le 1er juillet, l’idée étant de laisser du temps aux branches professionnelles pour ajuster leurs grilles de salaires, alors que 71 sur 160 d’entre elles démarrent toujours en dessous du SMIC. Et il n’est pas exclu pas de revoir les critères de fixation qui sont aujourd’hui pris en compte (inflation et salaire horaire de base ouvrier), garants du pouvoir d’achat des smicards. Sur les allègements de cotisations patronales, il s’agirait de « lever un tabou » en conditionnant ces exonérations à l’organisation de négociations salariales annuelles dans les branches ou les entreprises et à la hausse de certains minima de grilles professionnelles. Du coup les syndicats sont restés sur leur faim.

Le futur texte législatif serait présenté en avril 2008 à la Commission nationale de la négociation collective, après avis du Conseil d’orientation pour l’emploi où seront présentés des scénarios de réforme à la mi-décembre. Entre ces deux dates, le gouvernement prévoit de faire un « point d’étape » le 15 janvier « pour mesurer les progrès accomplis ». Par ailleurs, il a indiqué aux interlocuteurs sociaux que de nouveaux indicateurs censés mieux mesurer le pouvoir d’achat seraient créés. Une commission à cet effet a été nommée pour proposer des indices de pouvoir d’achat par catégories de ménages. Il a assuré enfin que la réforme de la loi Galland sur la grande distribution, prévue avant la fin de l’année, ferait baisser les prix.

« Il n’y a rien de concret », a lancé Jean-Claude Mailly (FO), à la sortie de cette réunion tripartite (gouvernement-patronat-syndicats). « Les salariés ne peuvent pas se contenter en matière de pouvoir d’achat ou de devoir bosser plus ou d’attendre que les prix baissent », a-t-il dit, avant de regretter l’absence de « réponse » sur les salaires dans la fonction publique. Jean-Claude Mailly a également déploré qu’il faille encore attendre pour « avancer la date de revalorisation du SMIC » au 1er janvier tout en rappelant que FO est contre la redéfinition des règles de fixation du salaire minimum. Même son de cloche de la CGT, « très mécontente de la réunion parce qu’elle n’apporte aucune réponse concrète à ce que souhaitent les salariés » alors qu’« il y a urgence », a déclaré Maryse Dumas. Selon elle, « à nouveau, on nous propose des palabres, encore des palabres et toujours des palabres » sachant que « le gouvernement a consacré « 15 milliards d’euros pour le paquet fiscal cet été, 30 milliards pour les employeurs dans le projet de loi de finances 2008, mais il n’a pas un centime pour les salariés », a-t-elle ajouté. Jacques Voisin (CFTC) a regretté de son côté l’absence « d’élément concret en espèces sonnantes et trébuchantes ».

L’essentiel pour le gouvernement est visiblement laisser croire qu’il a pris la mesure du problème du pouvoir d’achat des français alors que se profilent déjà les élections municipales (mars 2008).