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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / Une interview de Jean-Claude Mailly - jeudi 6 septembre 2007.une interview de Jean-Claude Mailly parue dans Les Échos du jeudi 6 septembre 2007.

En guise d’éditorial, une interview de Jean-Claude Mailly parue dans Les Échos du jeudi 6 septembre 2007.

Les Échos : Vous engagez demain la négociation sur le marché du travail. L’importance de ce chantier et le fait qu’il ait été préparé, à votre initiative, dès octobre 2006, vous donne-t-il une responsabilité accrue d’aboutir ? Jean-Claude Mailly : Nous voulons démontrer que nous pouvons négocier et aboutir à des résultats, qui pèseront sur le gouvernement, mais pas à n’importe quel prix. Nous ne rechercherons pas la signature pour la signature. Nous entrons dans cette négociation de manière positive, avec une volonté de compromis. Pour cela, le patronat doit également jouer le jeu. Je me souviens de la négociation sur les restructurations en 2004, où cela n’avait pas été le cas.

Les Échos : Êtes-vous prêt à négocier sur le concept, cher à Laurence Parisot, de « séparation à l’amiable » entre l’employeur et le salarié ? J.-C. Mailly : Ce concept est dangereux, car il suppose que le patron et le salarié disposent des mêmes pouvoirs au sein de l’entreprise, ce qui n’est jamais le cas. Pour FO, il est donc totalement exclu de développer ce principe à l’intérieur des entreprises ou dans le cadre du contrat de travail. En revanche, nous sommes prêts à donner une place supérieure à la conciliation dans le cadre de procédures prud’homales simplifiées. Pour cela, on pourrait raccourcir la durée des recours juridiques, ce qui serait à la fois plus sécurisant pour les patrons et pour les salariés. Dans toute procédure de divorce, même à l’amiable, il doit y avoir un juge.

Les Échos : Pouvez-vous mener cette négociation sans connaître le sort réservé à la fusion ANPE-Unedic ? J.-C. Mailly : L’ANPE étant publique, il ne nous appartient pas d’évoquer son évolution dans le cadre de cette négociation. Mais nous restons opposés à sa fusion avec l’UNEDIC, qui entraînerait la mort du paritarisme et serait pénalisante pour les chômeurs. Le modèle de l’assurance-maladie, auquel il est souvent fait référence, ne laisse guère de place au paritarisme. L’État veut mettre la main sur l’UNEDIC pour transformer ses missions. Il cherche également où récupérer de l’argent, on le voit aussi avec la formation professionnelle. C’est bien la preuve, d’ailleurs, qu’il doute de la croissance et qu’il s’inquiète du financement des mesures coûteuses, du paquet fiscal notamment.

Les Échos : Le gouvernement prépare en parallèle trois conférences sociales. Comment comptez-vous les aborder ? J.-C. Mailly : Les pouvoirs publics ont tendance à engager une guerre de mouvement. Ils multiplient les lieux de débat, les dossiers, les commissions. Mais nous ne sommes pas dupes. Nous attendons de voir s’il va s’agir de grand-messes, comme Dominique de Villepin en avait organisé une le 14 décembre 2006, ou si cela débouchera sur du concret sans faire de diagnostic partagé. La conférence sur le pouvoir d’achat et l’emploi me semble particulièrement floue, sur son contenu comme sur son calendrier. On parle maintenant de cycle de travail. Est-ce que cela suppose de la « réunionite » permanente ?

Les Échos : Il est question, notamment, de réviser le mécanisme de fixation du SMIC. Qu’en pensez-vous ? J.-C. Mailly : Qu’une commission des sages donne un éclairage au gouvernement, pourquoi pas, mais il faut que la décision reste du ressort des pouvoirs publics. Surtout, nous revendiquons trois évolutions : d’abord, il faut avancer la date de revalorisation, car le 1er juillet ne favorise pas les négociations de branche pour intégrer la hausse du SMIC dans les grilles salariales ; ensuite, il est nécessaire d’insti-tuer un mécanisme de rendez-vous automatique dans les branches pour les contraindre justement à ajuster leurs grilles ; enfin, il faut lier les aides sociales et fiscales à la dynamique de négociation salariale des branches et des entreprises.

Les Échos : Autre dossier clé : les retraites. Le gouvernement semble considérer comme acquis le passage de 40 à 41 ans de la durée de cotisation d’ici à 2012… J.-C. Mailly : La loi Fillon prévoit en effet que, si le gouvernement ne touche à rien, l’an prochain, on passe automatiquement à quarante et un ans. Voilà pourquoi nous lui demandons de bloquer les compteurs à quarante ans. Par ailleurs, je crois comprendre que le gouvernement souhaite régler d’abord l’avenir des régimes spéciaux. Je le mets en garde contre une telle méthode.

Les Échos : Les partenaires sociaux gestionnaires de l’UNEDIC sont-ils prêts à accepter une baisse des cotisations à l’assurance-chômage, afin de relever parallèlement les cotisations pour la retraite ? J.-C. Mailly : Il faudrait déjà résorber le déficit cumulé de l’UNEDIC. Si, à l’avenir, une baisse réelle du chômage pouvait permettre d’envisager un allègement des cotisations, on se poserait alors la question. Mais ce débat est prématuré.

Les Échos : Le gouvernement devrait lancer une nouvelle concertation avec les partenaires sociaux sur le financement de la protection sociale. Quel est le positionnement de FO ? J.-C. Mailly : La TVA sociale peut être très dangereuse. Nous continuons de privilégier l’inté-gration de la valeur ajoutée dans l’assiette de cotisations patronales.

Les Échos : La franchise non remboursée sur les boîtes de mé-dicaments est-elle une solution ? J.-C. Mailly : Ce qui m’agace le plus dans cette affaire, c’est que le gouvernement ne dit pas la vérité. D’abord, la franchise ne responsabilisera pas les assurés, pas plus que le forfait de 1 euro par consultation ou le forfait hospitalier. C’est une mesure purement comptable, un déremboursement de plus. Ensuite, il n’est pas correct de la présenter comme un moyen de financer le plan Alzheimer. Bien sûr qu’il faut accroître les crédits de la recherche, mais c’est à l’État de prendre ses responsabilités.

Les Échos : Quel regard portez-vous sur le style de présidence de Nicolas Sarkozy ? J.-C. Mailly : Il a un style très direct. Comme d’autres dirigeants syndicaux, je l’ai déjà vu quatre fois. C’est en tout cas un président qui gouverne. Mais, pour moi, une personne ne peut pas tout faire. Et on ne peut pas traiter tous les dossiers à l’Élysée au même niveau d’importance.

Propos recueillis par Leïla de Comarmond, Étienne Lefebvre et Lucie Robequain. *

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