Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / QUAND L’INTÉRÊT DES ACTIONNAIRES PRIVÉS PRIME SUR TOUT LE RESTE

[*Inspiré à l’Élysée, le projet de fusion entre le gazier public et le groupe spécialisé dans l’eau et le traitement des déchets fait peu de cas de l’intérêt général. Il a suscité le tollé des syndicats qui préparent une riposte.*]

Les directions de GDF et de Suez ont « officialisé » hier une nouvelle mouture du projet de fusion entre les deux groupes entraînant la privatisation du gazier public. Les termes de cette fusion-absorption ont été ficelés à l’Élysée par le président Nicolas Sarkozy. Le même qui martelait sur tous les tons en 2004 : « on ne viendra pas à la privatisation, c’est clair, simple et net. Il n’y aura pas de privatisation [de] Gaz de France, c’est clair, c’est simple et c’est net ». Il était alors ministre de l’Économie et prétendant à l’investiture suprême. Le même qui n’a eu de cesse d’affirmer tout au long de sa campagne électorale : « tout ce que j’ai dit, je le ferai. C’est une question de respect et de crédibilité de la parole politique ». Qu’ils soient salariés ou usagers, les citoyens apprécieront ce revirement du chef de l’Etat quelques mois à peine après son installation à l’Élysée.

Et ce d’autant plus que l’opération, si elle était menée à son terme, ferait peu de cas de l’intérêt général puisqu’elle est dictée par les intérêts des seuls actionnaires de Suez. Ceux-ci sont en effet appelés à s’emparer de 55% du capital du nouvel ensemble spécialisé dans l’énergie (gaz et électricité). Au détriment de l’État qui verrait sa participation baisser à environ 34%, abandonnant ainsi ses prérogatives de service public. Et du démantèlement de Suez qui devrait filialiser sa branche « Eau et Propreté » en distribuant aux dits actionnaires 65% des actions de ce pôle Environnement après son introduction en Bourse (environ 8 milliards d’euros). Indépendance énergétique du pays menacée, service public aux usagers en danger, flambée des tarifs programmée, emplois et statuts des salariés fragilisés, les raison de rejeter une telle opération ne manquent pas.

Pour Jean-Claude Mailly (FO), « la privatisation de l’entreprise publique GDF » est une « opération guidée, non par la logique industrielle et les droits des usagers, mais pour répondre à des critères financiers et de concurrence ». Cette fusion, a-t-il poursuivi, va en outre « mettre face à face un groupe privé et une entreprise publique, EDF ». Il s’est s’interrogé sur l’avenir « des 50.000 salariés (..) dans les distributions entre GDF et EDF (services commerciaux communs) ». Par ailleurs, a-t-il ajouté, « le découpage du groupe Suez risque de fragiliser une activité "eau" et ses 60.000 salariés ». In fine, pour FO, c’est « un mauvais coup pour les salariés et les usagers » qui « correspond à une conception privatisée de la politique industrielle » et énergétique de la France.

Selon son homologue de la CGT, Bernard Thibault, « c’est une mauvaise décision » car « l’ensemble des salariés dépendant du pôle environnement (de Suez, NDLR) qui vont être davantage fragilisés ». La fusion va aussi marquer « l’ouverture à des tarifs déréglementés », a souligné le numéro un de la CGT, avant de rappeler : « dans les pays qui ont déjà privatisé ce secteur, en général les consommateurs s’en mordent les doigts ». De son côté, Jacques Voisin, président de la CFTC, a déploré que, « encore une fois les salariés sont devant le fait accompli et encore une fois on a oublié de penser à ceux qui allaient être concernés ». La CFTC s’est demandée également « quel était l’avenir des salariés de Suez environnement et des 50.000 salariés (…) communs à EDF et GDF » en craignant des « conséquences pour les usagers ». Le dirigeant de la CFDT François Chérèque, lui, s’est surtout inquiété du sort de Suez. « On est en train d’abandonner l’environnement de Suez, c’est l’eau, c’est les déchets. C’est un enjeu énorme au niveau environnemental, et on va mettre ça à la Bourse, aux prédateurs financiers », a-t-il dit.

Plusieurs fédérations syndicales de l’énergie, avec le soutien de leurs confédérations, doivent se réunir aujourd’hui à 17h30 au siège de la FNEM-FO pour préparer une riposte.