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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / Lucentis | la Sécu n’en croit pas ses yeux

Depuis deux ans, le Lucentis est le médicament qui coûte le plus cher à la Sécurité sociale : 402 millions d’euros en 2012 et 438 millions d’euros en 2013. Rappelons que les dépenses totales de la Sécurité sociale pour la prise en charge des verres et montures s’élevaient à 270 millions d’euros en 2012... Ce médicament est devenu le poste de remboursement le plus onéreux car depuis juillet 2012, la Direction générale de la Santé (DGS) l’a imposé afin de traiter la DMLA (Dégénérescence maculaire liée à l’âge) [1].

Or un traitement alternatif existe, l’Avastin. Il était utilisé pour cette pathologie jusqu’à la décision de la DGS, mais surtout il coûte de vingt à quarante fois moins cher : entre 25 et 50 euros pour la dose d’Avastin, tandis que la dose de Lucentis est proche des 900 euros. Problème, le laboratoire Roche, qui produit l’Avastin, n’a pas demandé d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour ce médicament sur le traitement de la DMLA... et laisse donc le champ libre au Lucentis. La circulaire de la DGS précisait ainsi que les pharmaciens avaient l’interdiction de préparer des injections à base d’Avastin « compte tenu de l’existence d’une spécialité adaptée (Lucentis, ranibizumab) possédant une AMM pour le traitement de la DMLA et spécifiquement formulée et présentée pour les injections intravitréennes ». Précisons qu’en Allemagne et aux États-Unis, l’Avastin est prescrit pour traiter la DMLA... et que Novartis est actionnaire à plus de 30% de Roche.

Plusieurs études ont montré l’équivalence des deux traitements, l’étude Gefal, menée par le CHU de Lyon et dirigée par le professeur Laurent Kodjikian, ainsi que les études CATT aux États-Unis et IVAN en Grande-Bretagne. Le gouvernement avait tenté de contourner l’obstacle en substituant l’AMM par une « RTU », ou recommandation temporaire d’utilisation, qui aurait permis aux professionnels de santé de continuer à utiliser l’Avastin pour la DMLA. Problème, « l’avis –confidentiel– du Conseil d’État sur ce texte aurait été rendu et serait défavorable. Motif : imposer un médicament pour raison économique est contraire à la réglementation européenne », selon Le Parisien du 7 mai dernier.

Mais malgré ce rejet, le dossier est loin d’être clos ; l’Italie vient d’infliger, en mars dernier, aux deux laboratoires des amendes de 182,5 millions d’euros pour entente illicite. L’autorité italienne de la concurrence estime que « les preuves accumulées montrent que depuis 2011, Roche et Novartis se sont entendus pour créer une différenciation artificielle entre produits et prétendre qu’Avastin est plus dangereux que Lucentis, en vue d’influencer les prescriptions et les services de santé ». L’entente aurait coûté 45 millions d’euros au système de santé italien en 2012... la facture est plus salée en France.

À la suite de cette condamnation, le 9 avril dernier, en France, des perquisitions ont été menées aux sièges des deux laboratoires par l’Autorité de la concurrence, qui sont suspectés, selon cette dernière, « d’avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur de la commercialisation des traitements de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) ». En attendant les conclusions de cette enquête, des dizaines de millions d’euros par mois sont payées par la Sécurité sociale à Novartis pour ce traitement.

[1] La Dégénérescence maculaire liée à l’âge est une maladie dégénérative de la rétine d’évolution chronique qui débute après 50 ans. Elle touche sélectivement la région maculaire, c’est-à-dire la zone centrale de la rétine, entraînant une perte progressive de la vision centrale. Elle laisse habituellement intacte la vision périphérique ou latérale