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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / L’OMC TROUVE UN ACCORD AU PÉRIL DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Les négociations multilatérales sur la libéralisation du commerce mondial ont débouché sur un accord a minima. Mais les populations vont payer le prix fort.

Les ministres du Commerce des 159 États membres de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ont trouvé un accord in extremis le 7 décembre à Bali, en Indonésie. Qualifié d’historique pour être le premier signé depuis la création de l’organisation en 1995*, il s’agit en réalité d’un texte très en deçà de l’objectif d’origine. Alors que l’OMC ambitionne une abolition globale des barrières douanières en vue d’une libéralisation totale des échanges, l’accord de Bali couvre en réalité moins de 10% du programme de réformes, lancé il y a douze ans à Doha, et a déjà été surnommé « Doha light ». Il porte sur l’agriculture, la facilitation des échanges aux frontières et l’aide au développement. Ni l’industrie, ni les services, ni les droits à la propriété intellectuelle, ni encore l’accès aux marchés publics ou le commerce électronique n’ont été abordés. « Bali n’est qu’un début », a reconnu le tout nouveau directeur de l’OMC, le Brésilien Roberto Azevedo. « C’est une victoire douce amère. Plutôt que de faire honneur au multilatéralisme, les grandes puissances vont évoluer vers des accords régionaux afin de mettre en avant les propositions nuisibles qui ont été rejetées à l’OMC », explique un analyste américain, Kevin Gallagher. Un point de vue partagé par beaucoup à l’heure où se négocie un gigantesque accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne (lire FOHebdo N°3098 du 11 décembre). Mais pour si faible que soit son contenu, l’accord de Bali profitera avant tout à une minorité de grandes multinationales qui réalisent la quasi-totalité du commerce mondial.

Et au profit des multinationales

« Pas moins de 80% des exportations américaines sont dans la main d’à peine 1% des grands exportateurs et 85% des exportations européennes sont traitées par 10% des grands exportateurs, tandis que 81% des exportations sont concentrées dans cinq des plus grandes entreprises dans les pays en développement ». Ces chiffres, donnés par l’OMC elle-même**, résument à eux seuls la situation : c’est avant tout pour les multinationales que se mènent les négociations de l’OMC.

« L’accord de Bali confirme l’incapacité de l’OMC à concilier commerce et développement », résume la CSI (Confédération syndicale internationale). Le résultat obtenu sur la question de l’agriculture l’illustre amplement. Alors que les États-Unis n’ont toujours pas tenu leur promesse de 2005 de mettre un terme aux subventions qu’ils versent à leurs producteurs de coton exportateurs, les pays pauvres n’ont même pas pu obtenir l’autorisation de préserver leurs programmes publics contre la faim. Les pays dits moins avancés exigent que soit –définitivement– aboli le plafond imposé par l’OMC aux subventions agricoles dans le cas où ces dernières servent à la mise en œuvre de programmes alimentaires. Mais au final, la « clause de paix » arrachée par l’Inde ne s’applique qu’aux programmes de sécurité alimentaire existants, ce qui interdit toute nouvelle initiative de ce type. Une solution permanente a été promise, mais... elle devra faire l’objet de négociations au cours des quatre prochaines années. Autant dire que la minime aide au développement consentie aux pays les plus pauvres est cher payée.

Evelyne Salamero

*Au terme d’une négociation de huit ans, de 1986 à 1994 (Urugay round), l’OMC a succédé à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

**Rapport 2013 sur le commerce mondial.