Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / 3 QUESTIONS À BERTRAND NEYRAND

Bertrand Neyrand, chargé de mission confédéral sur les sujets relatifs au risques professionnels, venu échanger avec les cadres de France Télécom-Orange le 31 janvier à l’invitation de FO Com.

Comment aider les cadres à résister à ce qu’il est convenu d’appeler « la crise » ?

Tout d’abord une crise qui dure depuis la fin des 30 Glorieuses, ce n’est plus une crise. Face à une situation de tension permanente, il s’agit déjà de se protéger individuellement quand sa propre santé et son éthique sont menacées. Dire non, ce n’est pas refuser le travail, c’est rationaliser son temps disponible, s’efforcer d’endiguer un « oui » qui amène toujours plus de contraintes. Dire non, ce n’est pas être « nul » ou être un « fainéant », c’est assurer le maintien d’un équilibre personnel qui importe souvent trop peu à l’entreprise. Dire « non » est salutaire, garantit la qualité de tout ce pourquoi on a dit « oui » et permet à l’employeur de voir les limites de la « machine humaine », car les avaries humaines ne se remplacent pas par un coup de fil au service de maintenance !

De quels leviers dispose-t-on ?

La loi oblige l’employeur à protéger la santé mentale des travailleurs (article L 4121). La résistance se décline en justice et dans les Instances Représentatives du Personnel (IRP), seuls endroits qui permettent de décloisonner les problèmes et de les rendre publics. C’est un travail de fond qui passe par des alertes. Les faits doivent être identifiés et analysés pour que les perspectives dommageables puissent être anticipées et que personne ne puisse feindre l’ignorance quand la catastrophe arrive.

Il faut donc éviter l’isolement…

« Pour vivre heureux vivons cachés » est un adage dépassé en entreprise, puisqu’il y a de moins en moins de refuges et de plus en plus de tempêtes, qu’on ne peut pas choisir le volume et la complexité des tâches à accomplir et les moyens affectés. Alors, la seule chose à faire quand il faut « faire plus, avec moins et sans vagues », c’est, justement, de faire des vagues ! Alertez l’inspection du travail, la Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail, les IRP, les services de santé au travail. Personne ne doit ignorer vos requêtes. Cela soulage et permet d’identifier les problèmes. C’est le moyen d’arrêter une machine devenue folle. Le moyen aussi de préparer le terrain aux leviers institutionnels qui vous aideront à résister collectivement à des entreprises qui considèrent parfois l’humain comme un minerai à exploiter jusqu’à épuisement.