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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / UN GOÛT DÉSAGRÉABLE D’ANI

L’édition 2013 de la journée de rassemblement des comités d’entreprise FO aura été pour le moins marquée par l’ANI du 11 janvier dernier. Les nouvelles exigences en matière de comptabilité ont également fait l’objet de présentations et de débats, tandis que des ateliers ont été consacrés au fonctionnement des CE, ces chevilles ouvrières de l’action syndicale.

Plus on s’enfonce dans la crise et plus les comités d’entreprise témoignent de leur importance. D’où l’intérêt accru de la cinquième édition de la Journée de rassemblement des CE Force Ouvrière, qui s’est tenue le 26 mars dernier au siège de la Confédération, à Paris. L’occasion pour plusieurs centaines de militants et d’élus FO de partager leurs expériences et de parfaire leurs connaissances, grâce à la participation à cette journée de dizaines d’intervenants –universitaires, syndicalistes, dont plusieurs secrétaires confédéraux, et autres experts en la matière–, qui ont débattu avec l’assistance lors de plusieurs tables rondes. Au nombre de trois, ces dernières se sont penchées respectivement sur les CE face aux mesures de compétitivité-emploi, à la réforme de leur comptabilité et à l’évolution de l’information et de la consultation.

La journée avait été tout d’abord ouverte par la Secrétaire confédérale chargée des CE et du secteur conventions collectives, Marie-Alice Medeuf-Andrieu, pour qui l’organisation de ce rassemblement « tombe à point nommé ». C’est-à-dire à l’heure où, devant les attaques incessantes, il faut continuer à préserver leur rôle de défense des intérêts des salariés, notamment « à travers leurs prérogatives économiques et particulièrement en matière de licenciements économiques ». Et ce n’est déjà pas facile, comme en témoignait juste après Nadine Hourmant, élue au comité de groupe et au CE du groupe Doux, obligés d’aller au tribunal pour obtenir des pièces comptables. Et malgré cela : « On les attend toujours. »

Les mesures de compétitivité-emploi ont ensuite donné le thème de la première table ronde. L’occasion pour Pascal Pavageau, Secrétaire confédéral chargé du secteur Économie, de souligner qu’il n’existe pas vraiment de définition de la compétitivité, alors même qu’elle est encore invoquée pour présider à l’acte III de la décentralisation. De son côté, Michèle Forté, maître de conférences en sciences économiques et directrice de l’Institut du travail à Strasbourg, a fait un sort aux comparaisons avec l’Allemagne et rappelé au passage que la compétitivité allemande était fondée sur le hors-coût (innovation, etc.). La pertinence des comparaisons entre pays a d’ailleurs été critiquée.

Tout comme, bien sûr, l’ANI du 11 janvier, qui a été décortiqué dans ses nombreux aspects négatifs, bien souvent cachés dans les détails. Pour Maryline Albertini, de l’ordre des experts-comptables, le « droit à l’information y est pas mal secoué ». Elsa Peskine, maître de conférences en droit privé à l’Université de Paris Ouest Nanterre la Défense, trouve qu’il faut s’interroger sur les sanctions qui ne suffisent pas. Le sociologue Mario Correia, maître de conférences à l’Institut régional du travail d’Aix, dénonce la mobilité forcée et le fait d’« acheter du travail comme un bien de consommation ». Il considère la flexibilité, la perte de compétence et le stress comme des « effets pervers » de cet ANI. Côté comptabilité, thème de la seconde table ronde, les chiffres ont volé. Comme à Air France, où Didier Dague, élu du Syndicat Général Force Ouvrière Air France, le SGFOAF, a estimé que les dérives venaient plutôt des « grosses structures », et que les conditions de travail et la gestion de l’emploi devraient être séparées des activités sociales et culturelles (ASC), à confier à des professionnels.

En juriste, Dominique Riera, avocat au barreau, a tenu à signaler que « beaucoup de trains arrivent à l’heure ». Il récuse la « transparence à tout prix » et voit, sous l’ANI, que l’on veut faire passer une logique d’entreprise dans les CE alors que cela « ne peut pas être les mêmes règles ». Marie-Alice Medeuf-Andrieu, elle, s’est dite « partisane de la transparence, mais à condition que cela ne soit pas au détriment des CE »... Et l’on peut se poser la question.