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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / DÉBAT AVEC JEAN-CLAUDE MAILLY ET PATRICK ARTUS

Dans un contexte économique morose, rien ne semble pouvoir enrayer la hausse du chômage en France. A l’occasion du débat Rencontres capitales, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, et l’économiste Patrick Artus, directeur de la recherche à Natixis, confrontent leurs points de vue pour Metro sur les actions à mener.

MARCHE DU TRAVAIL ET COMPETITIVITE

Adapter le temps de travail et les rémunérations à l’activité de l’entreprise, comme le prévoit le récent projet de réforme du marché du travail, est-ce la solution pour lutter contre les licenciements massifs ?

Jean-Claude Mailly : Non. Il y a toujours eu des accords de maintien de l’emploi, mais ils ne prévoyaient pas, à la différence de cette mesure, une baisse de salaire en tant que telle. On ne sort pas d’une crise qui est notamment due à la libéralisation et à la flexibilité par davantage de flexibilité.

Patrick Artus : C’est un accord positif, mais défensif, qui va aider des entreprises en très grandes difficultés à survivre. Mais cela ne va pas régler le principal problème de l’industrie française, qui a le même coût du travail que les Allemands pour un niveau de gamme plus faible et donc des marges plus faibles.

François Hollande vient d’annoncer une loi obligeant une entreprise qui ferme un site à rechercher un repreneur. Mesure utile ou nouvelle contrainte pour les dirigeants ?

P. A. : Il faut éviter les mesures contraignantes, ne pas dresser d’obstacles aux licenciements et à la fermeture, mais il faut taxer les licenciements économiques. Cette taxe doit couvrir le coût pour la société de la destruction par l’entreprise des emplois.

J.-C. M. : Il faut taxer davantage les groupes qui ferment un site. S’il est considéré comme rentable, l’Etat devrait pouvoir le nationaliser, même temporairement.

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, annonce qu’il va baisser sa rémunération pour faciliter la signature d’un accord sur la compétitivité. Les patrons sont-ils trop payés en France ?

J.-C. M. : Si ce n’était pas aussi sérieux par rapport à la situation de Renault, l’annonce de Carlos Ghosn me ferait sourire. Les PDG sont aujourd’hui rémunérés en fonction du rendement actionnarial de l’entreprise, donc des résultats financiers, qui les obligent à avoir une vision à court-terme. C’est ce système là qu’il faut remettre en cause.

P. A. : C’est un problème politique et pas économique. En revanche, il faut que les critères de rémunérations soient penser de façons à inciter les patrons à prendre les bonnes décisions.

Faut-il alléger plus encore que ne le prévoit le récent crédit d’impôt les charges de entreprises pour améliorer leur compétitivité ?

P. A. : Si on voulait que l’industrie française retrouve les mêmes marges bénéficiaires qu’en 2000, il faudrait que les bénéfices de ce secteur s’accroissent de 40 milliards d’euros. Le crédit d’impôt va rapporter 4 milliards à l’industrie. Il faudrait faire plus, mais nous n’avons pas de marges fiscales.

J.-C. M. : La France rencontre principalement des problèmes de compétitivité hors-coût. C’est à dire liés à l’investissement, à l’innovation, etc. Et non un problème de coût du travail. Nous sommes près à avoir une discussion sur le finalement des régimes sociaux mais pas dans une logique de compétitivité mais d’efficacité.

Faut-il remplacer le CDI et le CDD par un contrat unique ?

J.-C. M. : Non. Cela reviendrait à faire un CDI flexible, or aucun DRH ne vous dira qu’on ne peut pas licencier un CDI. La solution est de rendre plus dissuasifs les contrats précaires (CDD, intérim) en les taxant davantage.

P. A. : C’est trop violent. La cause essentielle d’entrée à Pôle emploi, ce sont les fin de CDD ou des contrats d’intérim. La flexibilité du marché du travail repose en définitive sur les CDD, qui sont majoritairement donnés aux jeunes. Il faut rapprocher le CDD et le CDI. Ce que tente de faire en partie la réforme du marché du travail.

Y a-t-il un problème de formation professionnelle en France ?

P. A. : Il y a un gros problème. Nous ne savons pas requalifier les salariés qui perdent leur emploi, tout en dépensant pour cela 31 milliards d’euros par an.

J.-C. M. : La responsabilité de la formation professionnelle doit revenir à l’Etat, comme historiquement.

ACTION DE L’ETAT

Avec les emplois d’avenir et les contrats de génération, l’Etat trouve-t-il les limites de son action directe en faveur de l’emploi ? Doit-il accroître sa participation dans les entreprises en difficulté ?

J.-C. M. : Nous ne sommes pas opposés aux contrats aidés mais cela ne résoudra pas le problème du chômage. Quand une filière est considérée comme stratégique, je ne vois pas pourquoi l’Etat ne pourrait pas nationaliser une entreprise ou un site.

P. A. : Des travaux montrent que les jeunes français qui passent par un contrat aidé dans une collectivité locale ou une association réduisent fortement leurs chances de trouver un emploi durable. Il faut privilégier les emplois aidés dans les entreprises. La France doit délimiter ce qu’elle considère comme une entreprise stratégique. Est-il pertinent de faire des pneus en France. Non. Des pays émergents le font moins chers.

Faut-il relancer le small business act qui réserve une partie des marchés publics aux PME françaises ?

P. A. : Oui. Mais il ne faut pas réduire le small business act aux marchés publics. Cela doit également être un soutien aux PME avec des professionnels qui comprennent la situation des entreprises.

J.-C. M. : Le protectionnisme n’est pas un gros mot. L’Europe ne s’est d’ailleurs pas assez protégée.

Dans son rapport 2013, la Cour des comptes recommande de réduire le déficit par la baisse des dépenses publiques. Y a-t-il trop de fonctionnaires en France ?

J.-C. M. : Non. Il y a des missions qui ne sont plus assurées aujourd’hui. On fait maintenant appel à des sociétés privés pour palier le manque d’effectif dans la fonction publique. Quelle mission de service public veut-on garantir ? Y a-t-il trop fonctionnaires à la Cour des comptes ?

P. A. : Il peut y avoir des choix collectifs différents selon les pays. Il faut en revanche que la gestion du système choisi soit efficace. Quand on compare les performances des services publics à l’étranger, on s’aperçoit que les meilleurs dépensent six points de PIB de moins qu’en France pour le même niveau de service. Il faut que l’administration réalise des gains de productivité.

LA FRANCE DANS L’EUROPE

L’euro est-il trop fort ?

J.-C. M. : Oui. Les exportations de la France hors zone euro sont pénalisées. Il faudra un jour remplacer le dollar, comme monnaie de référence, par un panier de monnaies.

P. A. : L’affaiblissement de l’euro est bon pour l’industrie, mais en contrepartie vous payez les matières premières plus cher. Dans le cas de la France, un euro faible serait un jeu à somme quasi nulle.

La relance de l’emploi peut-elle se passer d’une harmonisation fiscale européenne ?

P. A. : Il ne faut pas tout harmoniser mais coordonner là où les différences fiscales permettent d’attirer des ressources dans un pays au détriment d’un autre.

J.-C. M. : Il faut bloquer le dumping social et fiscal pour éviter que des entreprises françaises installent des centres financiers chez nos voisins pour payer moins d’impôts.