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Accueil du site / Force Ouvrière / Confédération / À MATIGNON, SYNDICATS ET PATRONAT TIRENT À HUE ET À DIA

« Il appartient à l’État d’instaurer des critères de conditionnalité », a insisté FO à propos du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, soit 20 milliards offerts aux entreprises.

« Nous avons dit au Premier ministre que nous ne nous substituerons pas à l’État, même défaillant », a indiqué Jean-Claude Mailly en sortant de Matignon le 22 novembre. Consultant une à une les organisations syndicales et patronales, Jean-Marc Ayrault voulait l’avis de FO sur le « pacte de compétitivité ». Deux secrétaires confédéraux, Stéphane Lardy et Pascal Pavageau, accompagnaient le Secrétaire général et, côté gouvernement, étaient présents les ministres du Travail, de l’Économie et du Redressement productif.

« Dans l’immédiat, la Sécurité sociale est préservée », s’est une nouvelle fois félicité Jean-Claude Mailly. Le gouvernement –et FO n’y est pas pour rien– a en effet reculé sur la mesure phare du rapport Gallois : l’allégement des cotisations sociales, destiné à réduire le coût du travail et créer un choc de compétitivité.

La décision qui a finalement été retenue est de nature fiscale. Il s’agit d’un « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi » : 10 milliards d’euros offerts aux entreprises en 2013, payables en 2014, pour atteindre 20 milliards en 2015. À quelles conditions ? Avec quelles contreparties ? Le Secrétaire général de FO regrette qu’il n’y en ait pas, ce qui traduit « une logique libérale ». Il met notamment en garde contre la tentation, pour des entreprises, d’« utiliser ces sommes pour augmenter les dividendes ». Jean-Marc Ayrault a indiqué à la délégation que les contreparties seront examinées dans une loi début 2013. FO a prévenu : il ne faut « en aucun cas demander des contreparties aux salariés, ni demander aux syndicats d’assurer le contrôle de l’utilisation de l’argent public ».

LE MEDEF ACCÉLÈRE LE CALENDRIER

Comme en miroir, le MEDEF, lui, n’en veut pas et le fait savoir haut et fort. Mieux, deux jours avant les consultations à Matignon, lors de son point de presse mensuel, Laurence Parisot plaidait pour que le crédit d’impôt s’applique dès le 1er janvier et que la totalité des 20 milliards d’euros soit actée au titre de l’année 2013, plutôt que sur trois ans.

Hasard de calendrier, c’est aussi le 22 novembre que débutait la négociation interprofessionnelle sur les retraites complémentaires et leur financement (lire page 5). Alors que la seule proposition du patronat consiste à réduire les allocations, FO a suggéré qu’une partie du pactole promis aux entreprises serve à augmenter la cotisation patronale. « Pour le coup, cela a créé un choc », raconte Philippe Pihet (FO), président de l’ARRCO.

Pourtant, dans la soirée, à l’issue de ses entretiens à Matignon, le Premier ministre a tranché. Au grand dam des députés socialistes, le crédit d’impôt devrait donc arriver à l’Assemblée nationale, non plus en février comme prévu, mais via un amendement gouvernemental au projet de loi de finances rectificatif, débattu en séance publique à compter du 3 décembre.

À l’heure de la rigueur et de la croissance molle, comment financer cette aide de l’État au privé ? Jean-Claude Mailly s’est interrogé sur les 62 milliards d’euros d’économies sur cinq ans recherchées par le gouvernement. « Je ne vois pas comment il va les trouver, la fonction publique est à l’os », a-t-il rappelé.

Pour ce qui est du « pacte », de toute évidence, il est loin d’être trouvé. Enfin, FO a également tenu à évoquer la stratégie industrielle et la décentralisation.